Vive la dissidence

 


Vive la dissidence ! Ce n'est pas un message chuchoté sur une mailing-list, ni un solgan qui traîne sur quelques sites alternatifs. C'est un cri joyeux qui enfle et qui pourrait bien tout emporter sur son passage. Car le Web alternatif, l'autre Net, le cyber-militantisme se portent à merveille. Cette dissidence qui, selon la très juste définition d'Hanna Arendt, " n'est pas une fin, mais seulement un moyen, celui de faire à sa façon ", progresse à grands pas.

Pourtant, au début de l'été, le ciel semblait bien sombre. Le 28 juin 2000, la loi française sur les hébergeurs était adoptée, l'amendement Bloche et ses "diligences appropriées" enterinés. Dans la foule, Valentin Lacambre annonçait la fermeture définitive d'altern.org. Le 26 juillet, la Rip Bill (une loi britannique prévoyant l'installation de "boîtes noires" chez les fournisseurs d'accès) était votée. Ce type de loi faisait florès : le Japon et son Wiretapping Act, la Russie et son "Sorm", la Hollande, la Belgique et la Suisse avec leurs systèmes d'écoutes électroniques... L'autre Web est-il en train de s'éteindre ? Loin de là ! Lacambre est rentré de vacances, bardé de projets, en route vers de nouveaux combats. Laurent Chemla, pionnier du militantisme en ligne, fondateur de l'Ecole ouverte de l'Internet, l'affirme lui aussi : "C'est sur le terrain de la liberté d'expression qu'il faut continuer de lutter. Avant, un simple citoyen ne pouvait pas s'exprimer en public, il fallait passer par un éditeur, un intermédiaire, un filtre quelconque. On aurait très bien pu imaginer que cela ne durerait pas, que l'arrivée du commerce dans les médias mettrait, comme ce fût le cas pour les radios libres, des limites à la liberté d'expression. mais la grande différence, c'est qu'Internet n'a pas de limites : le commerce peut exister et perdurer sans détruire ni la liberté d'expression, ni l'Internet associatif".

Le monde alternatif se fédère autour de la lutte anti-globalisation. "Faisons face à la mondialisation du capital par la mondialisation de la solidarité !" scandaient ainsi les organisateurs du contre-sommet de Prague, monté à l'occasion de la réunion de la Banque mondiale (BM) et du Fonds monétaire international (FMI), du 26 au 28 septembre 2000. Cette nouvelle conscience collective est née à Seattle, le 30 novembre 1999 : lors de la réunion de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), une multitude de mouvements et de petites structures ont convergé pour faire entendre leur colère contre la globalisation. Instrument du rassemblement : Internet. Lieu de publication des contre-débats : Internet. Lien pérenne entre les différents participants : Internet, encore. Grâce au Web, ce mouvement hétérogène a peu à peu tissé sa toile. Et, dans chaque réunion internationale médiatique - Convention des Républicains et des Démocrates américains, Jeux olympiques de Sydney, etc. -, les contestataires se retrouvent désormais pour de grandes contre-manifestations. Cet esprit s'étend à l'ensemble de la cyberdissendence : "Alors qu'une organisation s'imposerait toute une série de considérations tactiques préalables - qui décide de mettre en place un site, qui décide de la nature des informations diffusées, avec qui établit-on des liens... -, les internautes ont tendance à considérer le mouvement social comme une communauté homogène de pratiques et de représentations dotées d'une autonomie propre", écrivait ainsi Olivier Blondeau dans un texte baptisé Cyberésit@nce.

C'est dans ce même souffle que le collectif samizdat.net, créé à la suite des grandes grèves de décembre 1995, entend rassembler à Paris, du 15 au 17 décembre, tout ce que l'Internet compte de dissidents, d'alternatifs, d'amoureux du libre. nom de code de cette "Rencontre européenne des cyber-cultures digitales" : la Zelig conf'. Jean-Pierre Masse et Aris Papatheodorou, tous deux membres de Samizdat, expliquent : "Si l'on avait parlé de "Hacker conférence", on nous aurait vu comme un rassemblement de pirates; si l'on avait parlé de "Communication alternative", on nous aurait pris pour des militants casse-couilles..." Ils ont choisi de baptiser la rencontre zelig, en référence au film de Woody Allen et à son héros qui change d'apparence en fonction des gens qu'il croise. "Ce personnage qui mute tout le temps, qui apparaît là où on ne l'attend pas, nous plaisait bien. L'idée, c'est la fabrique de monstres, un truc qui n'est ni militant, ni hacker, ni codeur, la créature mythique qui est partout..." Le gentil monstre grossit de mois en mois. De Seattle à Philadelphie, de Prague à Paris, il entend ses griffes. Pour que le Web alternatif continue d'exister. Et que, contre la normalisation des idées, des hommes et des réseaux, vive encore la dissidence.

Source : Transfert

 


"Les hébergeurs alternatifs prennent le maquis"

Mails sécurisés, sites miroirs, logiciels de cryptage... Face à la répression, les hébergeurs "éthiques" organisent la résistance internationale.

Mercredi 26 juillet 2000. Déception et grincements de dents chez Greenet, le plus vieil hébergeur alternatif anglais. La Rip Bill veint de passer. Cette loi prévoit l'installation de boîtes noires chez les fournisseurs d'accès britanniques. Le but est d'enregistrer le trafic Internet (mail, Web, IRC, chat, etc.), afin que les services de renseignement puissent détecter tout élément ressemblant à un "crime sérieux". Selon Adrian Harris, responsable de Greenet, ce texte liberticide pourrait mremettre en cause l'indépendance des 300 sites, 1500 comptes e-mail et de la centaines de listes de diffusion hébergées par le service alternatif. Il a décidé de contre-attaquer : "nous suggérons l'utilisation de Freedom, un logiciel pour surfer et envoyer des mails anonymement. mais nous attendons surtout que les services de renseignement déclenchent une action en justice contre un site. Un procès nous permettrait de démontrer l'absurdité de ce type de loi devant la cour européenne des droits de l'Homme".

Greenet va encore plus loin : puisque dans d'autres pays, des lois comparables à la Rip Bill se préparent, la résistance doit s'organiser au niveau international. L'Association for Progressive Communications (APC), fondée en 1990, fédère des hébergeurs "éthiques" dans 25 pays. Elle constitue un excellent point de départ. Forts de leur expérience, plusieurs cadres de Greenet ont soutenu, en août dernier, les opposants à la loi sur les écoutes au Japon. Adrian Harris l'explique : "La notion de Réseau est essentielle. Quand l'un de nos sites fait l'objet de presssions, nous lançons le Rapid Response Network : les pages menacées sont reproduites sur des sites miroirs dans le monde entier." Courant août, l'APC a secouru le site coréen Jinbo Net, qui protestait contre des licenciements chez Posco, une multinationale sidérurgique, et subissait des menaces : dix sites miroirs dans huit pays différents, une victoire éclair. L'APC pourrait aussi aider le plus vieux et le plus fiable hébergeur hollandais, le XS4ALL ("Accès/Excès pour tous"). Connu pour relayer B92, la seule radio libre de Belgrade, XS4ALL est confronté à une loi qui prévoit d'installer des boîtes noires à partir d'avril 2001. Sjoera Nas, son porte-parole, souligne : "Renforcer les liens internationaux entre les hébergeurs est la seule façon de garantir une réelle liberté aux 10 000 sites que nous hébergeons. Mais notre plus grand espoir, c'est Publius, un vaste projet d'hébergement anonyme."

Ce programme américain est développé dans les labos d'AT&T, géant américain desq télécoms. Pour Lorrie Cranor, responsable des recherches, "Publius permet de combattre toute forme de censure. Il découpe et crypte toutes les données d'un site, puis les répartit sur neuf serveurs différents. Ainsi, des pages Web sont quasi intouchables et leur auteur protégé des répresailles." La phase de test s'achèvera le 6 octobre. Confiante, Lorrie Cranor affirme qu'AT&T ne freinera plus Publius comme AOL l'avait fait pour le serveur d'échange de fichiers Gnutella. "Le code-source de Publius est déjà téléchargeable sur le site. ma direction m'a assuré que le système restera gratuit pour tous les utilisateurs non-commerciaux." Les hébergeurs alternatifs pourraient tenir là leur plus belle revanche.

Source : Transfert

 


Tous en ligne, camarades !

Ecologistes ou anti-globalisation, les militants se rassemblent, grâce au Web, en un réseau mondial capable de converger pour combattre "l'Empire" du libnéralisme. Mais la révolution ne se fait pas encore par e-mail.

C'est une carte de l'Angleterre, découpée en 14 régions cliquables. En apparence, un banal croquis. en fait une guerre pour les militants anti-oGM (organismes génétiquement modifiés). Car cette carte, disponible sur le site de GM-Info, constitue une banque de donées de tous les sites d'expérimentation, les bureaux, les usines, les lieux de stockage de lk'industrie des OGM. Cliquez par exemple sur West Midlands, autour de Birmingham, et vous obtiendrez : 1- la localisation d'un champ où Monsanto (poids lourd des OGM) fait par exemple des essais de betteraves transgénétiques, 2- la référence de la semence testée, 3- de l'information "indépendante" sur le sujet... Bref, "tout ce dont vous avez besoin pour combattre la bête biotech", comme l'indique l'OGM-Info sur sa page d'accueil. Tom Dyson, l'ingénieur qui a développé le site, explique : "Notre rôle, c'est l'info pour l'action. La base renseigne les activistes qui veulent tracer devant une filiale, bloquer un entrepôt ou détruire un champ test". depuis leurs débuts en 1997, ces derniers ont mené en Angleterre une soixantaine de "décontaminations", publiques ou clandestines.

La résistance se globalise

Les écolos français n'en sont pas encore là. mais le mouvement s'amorce : l'association Terre Sacré, créée en février 1999, a mis en ligne la liste brute de tous les champs d'expérimentation. Quelle que soit la cause qu'ils soutiennent, de plus en plus de militants utilisent les armes électroniques. La webcam de Greenpeace, installée à La Hague pour protester contre les rejets radioactifs, a constitué un excellent coup médiatique. Le WWF (world Wildlife Fund) a pensé plus grand public en montant une pétition en ligne contre le réchauffement de la planète : d'ici novembre, 10 millions de mails devraient être envopyés aux politiques de tous pays...

Face à des enjeux globaux comme l'avenir de la planète ou la "marchandisation du monde", les militants électroniques se sont remis à croire à des réponses globales. Signe de cette évolution : les grandes réunions internationales très médiatisées - du type convention des républicains américains, Jeux Olympiques de Sydney ou 55ème sommet du FMI à Prague - sont autant d'occasions de harceler "l'Empire" capitaliste en contre-manifestant. Les conterstataires sont issus d'organisations différentes, aux causes variée ? La lutte contre la mondialisation les soude et le web les rassemble. "Nous voulons répondre à la globalisation des marchés par la globalisation de la résistance", martèle Kevin Danaher, leader charismatique de l'ONG californienne Global Exchange. A la tête d'une équipe de 40 personnes, ce cinquantenaire vit une seconde jeunesse depuis le sommet de l'OMC à Seattle, en novembre 1999.

Sur tous les fronts

Et Kevin Danaher l'assure : "Internet joue un rôle crucial dans le renouveau de la résistance. Nous avons eu jusqu'à 20 000 clics par jour et beaucoup de gens téléchargent nos argumentaires pour imprimer leurs propres tracts. Il faut se rappeler que nos troupes comptent beraucoup d'étudiants, qui utilisent les nouvelles technologies de façon très créative." Danaher et ses troupes ont eux aussi appris à collaborer : "Nous travaillons avec les militants de S26, Tao, protest.net, l'Action globale des peuples, Indymedia ou le Direct Action Network." Tous mettent en commun les ressources, copiant, traduisant, créant des liens, attaquant sur tous les fronts. Sur le site de préparation du sommet de Prague, le savoir-faire et le ciment international sont palpables : 96 organisations, 41 pays et 17 listes de diffusion. Pour Kevin Danaher, la mobilisation commence à peine à se cristalliser : "L'organisation en réseau, c'est l'échec du modèle de résistance léniniste, fondée sur un parti d'avant-garde centralisé renversant le pouvoir dans un pays. Notre mouvement est horizontal, non-hiérarchique et fluide. Il ressemble à une roue, avec des rayons reliés au centre et entre eux."

Vème Internationale

Informelle et foisonnante, la nébuleuse résistante pourrait bientôt se doter d'une structure permanente. "Parti global de citoyens, Vème International, appelez-la comme vous voulez, ironise Danaher. L'important est de donner une forme permanente au mouvement né à Seattle. Nous sommes déjà d'accord pour dire que sa présidence sera tournante et temporaire. Pour le reste, nous avons prévu d'en discuter lors du Sommet social prévu à Porto Allegre, au Brésil, fin janvier 2001."

Car il est des sujets que l'on ne peut trancher par mail. En Angleterre, le milieu activiste l'a bien compris : tous les mois ses membres se rencontrent chez l'un ou chez l'autre. Le London Underground ou la Riotous Assembly de Manchester rassemblent ainsi une trentaine de groupes. Pour Burt Hampton, qui y représente le collectif pro-squat Reclaim The Streets, "tout mouvement qui s'attaque sérieusement aux inégalités ne peut se passer de la chaleur des rencontres humaines et de l'énergie des actions de la rue." Même souci pour les militants français. Comme le souligne Laurent Jesover, responsable Internet d'ATTAC (Association pour un taxation des transactions financières pour l'aide aux citoyens), "l'entrelacement des deux mondes, réel et virtuel" n'est pas toujours évident à maintenir. "Les militants non-connectés sont souvent frustrés", remarque-t-il. Alors, ATTAC cherche à tisser le lien: à Marseille, l'association a mis à la disposition des adhérents un local avec de machines et à Lyon, c'est une chaîne téléphonique qui comble les lacunes du Net.

Recrutement dans la rue

Tous en sont conscients, le Net inaugure de nouvelles formes de résistance, mais ne remplace en rien l'action dans le monde réel. Très impliqués dans l'organisation du contre-sommet de Prague, les militants de Lindsrucke ont doublé leur action sur le Web d'une distribution de tracts, chaque samedi, dans les rues piétonnes de Bonn la bourgeoise, en Allemagne. Winnie, 23 ans, avoue qu'il est difficile d'être responsable Internet de la section locale. "Nous recevons au mieux une dizaine de mails par mois. Le recrutement pour Prague se fait dans la rue." Mêmes réserves en France pour Maloka et le réseau Sans Titre, dont la caravane anti-capitaliste sillonnera l'Europe en s'arrêtant à Prague. Récemment expulsé de son squat dijonnais, le collectif libertaire Maloka communique sur Internet via la mailing-list A-infos, un fil d'actu hébergé au Canada. Un militant s'explique : "Pour l'organisation de la caravanne, nopus nous appuyons surtout sur le réseau physique des squats et les mileux anarchistes français".

La résistance électronique n'est pas encore autonome et doit éviter les écueils de la fracrure numérique. Burt Hampton, un responsable de Reclaim The Streets et du réseau Action globale des peuples, dit en avoir conscience : "nous citons souvent Noam Chomsky, qui rappelle que la majorité des gens dans le monde n'a jamais utilisé de téléphone." Né en 1995, le collectif anglais compte des centaines de groupes dans le monde, mais Burton avertit : "Pour l'instant, tout le monde répète qu'Internet est un réseau global, en fait, il s'agit essentiellement d'un réseau occidental, donc d'une action occidentale." Joyce Hambling, de Genetic Engineering Network, réseau anglais anti-OGM, est confrontée au même problème. Régulièrement, elle envoie des lettres en Afrique, mais pas de mails : sans électricité, pas de Net. Elle rêve aussi à un esperanto de la résistance : "L'hégémonie de l'anglais sur le Réseau est une chose déplorable". Quoi qu'en disent les militants les plus optimistes, le grand soir numérique n'est pas pour demain. Peut-être pour après-demain.

Source : Transfert

 

Les guerriers de l'info

"Refusez la fragmentation des connaissances, pensez à tout, ne vous laissez pas noyer par la montée des informations puisque vous avez la chance de vivre en cette fin du XXième siècle." Cette phrase du philosophe Karl Popper pourrait être la devise des guerriers de l'info. Qu'ils soient hacktisvistes, journalistes militants ou qu'ils luttent pour la protection des données personnelles, ils l'ont compris : leur pire ennemi et meilleur ami se nomme information. Alors, ils bataillent pour que les grands sites commerciaux n'infectent pas de mouchards leurs visiteurs, pour qu'il veillent à la sécurité de leurs bases de données et pour que, sans cesse, les militants puissent, dans les webzines, trouver un écho à leurs actions. Le minirézo français l'affirmait dans son Manifeste du web indépendant : "le Web indépendant est un lien nouveau entre les individus, une bourse du savoir gratuite, offerte, ouverte; sans prétention." Alors, profitez-en !

Qui a peur des hacktivistes ?

Au croisement du hacking et de l'activisme, l'hacktivisme réunit hackers politisés et militants informatisés. Une nouvelle forme d'expression politique qui réveille de vieilles peurs.

Le FBI ne rigole plus. Le 28 juillet 2000, un rapport de la section chargée du "terrorisme intérieur" tirait la sonnette d'alarme : des "hacktivistes" pourraient se joindre aux mouvements de protestation anti-mondialisation à venir, dont le 55ième sommet du FMI, organisé fin septembre à Prague. Fini, les ados jouant aux pirates apolitiques. Comme le note le rapport du FBI, "il y a de plus en plus de liens entre l'hacktivisme et la communauté, plus large, des férus d'informatique et des hackers". Les activistes politiques, qui furent les premiers à avoir théorisé -et mis en pratique- l'hacktivisme, sont rejoints par les pirates informatiques traditionnels.

Le terme d'hacktivisme apparaît en 1994, dans un texte du Critical Art Ensemble (CAE). Ce collectif d'artistes et d'activistes multimédia y théorise la notion de désobéissance civile électronique : puisque les puissants misent sur le cyberespace, c'est là qu'il faut désormais lutter. L'hacktivisme prend vraiement corps en 1998, lorsque l'Electronic Disturbance Theater (EDT) met en pratique les thèses du CAE et lance le premier "sit-in virtuel". Objectif : bloquer les sites qui soutiennent la répression des Zapatistes au Chiapas (Mexique) en proposant aux internautes de les bombarder de requêtes. Relayé sur des milliers d'ordianteurs, ce type d'attaque a, depuis, été lancé contre Occidental Petroleum, accusé de détruire le territoire des U'Wa, en Colombie, ou par le collectif R™ark contre eToys.

Surtout, en décembre dernier, le groupe anglais Electrohippies provoquait la fermeture du site officiel de l'OMC à l'occasion du Millenium Round de Seattle. Paul Mobbs, fondateur de Electrohippies, est héritier de la tendance activiste politique. Pour lui, son réseau est comme une boîte à outil pour militants, qui commence avec "le bombardement d'e-mail ou de fax de protestations et finit avec l'action directe virtuelle pour fermer ordinateurs et liens de communication." A ses yeux, les attaques contre des sites "ne trouvent leur légitimité que dans leur très grand nombre d'internautes qui y participent". Pour l'action contre l'OMC, ils étaient plus de 450.000. Et il faut au moins 10.000 personnes connectées en une minute pour fermer un site. "Aujourd'hui, nous ne parlons plus d'attaques, mais de "Clap-o-meter", une sorte d'applaudissement contestataire." Cet été, il a travaillé à un projet contre le prochain sommet du FMI. "Le but est de fournir aux militants un logiciel de lobbying en ligne, qui permet d'automatiser les mailings massifs vers les grands groupes."

Toujours cet automne, devrait apparaître Hacktivismo, un projet du collectif de hackers américain Cult of Dead Cow. Annoncée en juillet, lors de H2K (la grande mess new-yorkaise des hackers), hacktivismo est un groupe de travail qui élabore un programme capable de franchir les barrières informatiques érigées par les pays totalitaires. Comme l'indique sa devise ("Nous sommes le "hack" dans hacktivisme"), le cCdC incarne la tendance venue du hacking et passée à l'action politique. Une convergence que Paul Mobbs résume simplement : "Les gouvernements et les entreprises trouvent difficile de maîtriser une grève dans le monde physique et se croient immunisés sur le Net. Nous sommes là pour leur prouver le contraire !"

Mauvaise image

Ceux qu'on qualifie souvent de "pirates informatiques" distinguent l'hacktivisme du vandalisme et mettent en avant l'aspect positif de leurs "hacktions". Qu'ils visent l'industrie nucléaire ou le gouvernement chinois, la communauté considère les piratages de homepage comme des graffitis virtuels. la notion d'action publique et non-violente est cruciale : "Nous prévenons toujours le site-cible par mail, souligne Paul Mobbs. Et puis, notre action contre l'OMC n'avait rien d'illégal : il n'y a eu aucun dommage..."

Sit-ins, chaînes humaines ou grèves trouvent ainsi peu à peu leurs équivalents virtuels. Reste à gérer leur mauvaise image. Les médias confondent souvent hackers, hacktivistes, pirates, "cybercriminels" et "cyberterroristes", justifiant ainsi la multiplication des cyberflics et des outils de contrôle du Réseau. Mais pour Paul Mobbs, le temps joue pour l'hacktivisme : "Dans cinq ou dix ans, le Web sera beaucoup plus familier. L'e-activisme va naturellement émerger." Ce n'est qu'en rentrant pas à pas dans les moeurs que l'hacktivisme deviendra un réflexe politique.

Source : Transfert

 

"Nous ne sommes pas des numéros !"

Contre les Big Brothers, les résistants s'organisent. Face aux mouchards et autres espiogiciels, ils font monter la pression publique. La vigilance des utilisateurs s'accroît, grâce à l'acharnement pédagogique de ces gardiens de notre vie privée.

"Et le gagnant est..." Le FBI, Microsoft ou encore le ministre de l'Intérieur anglais, ont tous été épinglés par les Big Brother Awards. Cette cérémonie, organisée depuis trois ans par l'association britannique Privacy International, récompense les sociétés et les institutions qui respectent le moins la vie privée des citoyens. Le trophée : une tête écrabouillée par un godillot militaire... Une version française devrait embarquer à la fin de l'année. Et il y aura de quoi faire. Les Big Brothers sont chaque année plus nombreux. Les sociétés privées ne peuvent s'empêcher de truffer les disques durs de cookies mouchards et autres spywares (ces "espiogiciels" inclus dans les logiciels gratuits). L'Etat n'est pas en reste. L'opinion publique a découvert récemment l'existence du Carnivore, qui, depuis 1997, engloutit plusieurs millions de mails par seconde pour le compte du FBI. Le gouvernement Blair, lui, a fait voter la Ripp Bill, obligeant les providers à transmettre le traffic internet transitant par leurs serveurs aux services de contre-espionnage de sa majesté. Le Japon, la Russie...rares sont les Etats qui ne surveillent pas les internautes. Mais la résistance s'organise. Des associations de défense des droits de l'Homme et des libertés sur l'Internet, telle que la Global Internet Liberty Campaign, dénoncent sans cesse de telles pratiques. Et Echelon, le système de surveillance global des communications électroniques géré par les Anglo-saxons, a fait une entrée fracassante dans l'actualité grâce au Global Jam Echelon Day.

Lancée en octobre 1999 par la liste de diffusion hacktivism.tao.ca, cette opération visait à saturer les ordinateurs d'Echelon en balaçant à ses amis des mails contenant des mots "subversifs" dont raffolent les "grandes oreilles". A défaut de les assourdir, une centaines d'articles révéla l'existence d'Echelon au grand public. Il suffit aussi, parfois, d'un seul individu : un rapport détaillant les moyens légaux de détourner la Ripp Bill fut ainsi rédigé par...l'ancien directeur des communications électroniques stratégiques du ministère de la Défense britannique

Apprendre à protéger sa vie privée

Mais quid de la France ? Malgré le rôle pionnier de Kitetoa, il a fallu attendre l'an 2000 pour que des sites comme WebSecurité ou BugBrother apprennent aux internautes à se protéger de ceux qui cherchent à percer les secrets de leur vie privée. De la même façon, il a fallu attendre le vote de l'amendement Bloche, qui requiert l'identification préalable des auteurs de sites pour que naisse Insurgence, au cri de "Nous ne sommes pas des numéros !", afin de souligner le danger d'avoir à décliner ses papiers avant même de s'exprimer. En matière législative, les Etats-Unis sont pourtant en retard. La France a voté la loi informatique et libertés en 1978, alors que les Américains réfléchissent encore sur la nécesité de légiférer... Pourtant, l'Europe s'est alignée sur leur point de vue : l'accord américano-européen relatif à la protection des données personnelles a été entériné. En clair, les entreprises du Nouveau continent s'engagent à protéger la vie privée... mais rien ne les y oblige.

Citadelles virtuelles

Mais la pression des internautes est telle que les industriels commencent à s'intéresser sérieusement au sujet. L'association américaine TRUSTe, qui regroupe tous les géants de la nouvelle économie (AOL, Microsoft, IBM... ) essaye ainsi tant bien que mal depuis 1996 de leur faire respecter une charte de bonne conduite. Le World Wide Web Consortium (W3C), qui rassemble tous les entrepreneurs et ingénieurs du net, planche, quant à lui, sur un nouveau standard informatique, le "Platform for Privacy Preferences" (P3P). Des efforts qui cachent mal leur vraie motivation : favoriser l'essor du commerce électronique plutôt que protéger la vie privée des netiziens. Plusieurs sites, labellisés par TRUSTe, ont ainsi revendu allègrement leurs fichiers clients, et P3P a très vite été surnommé ironiquement "Pretty Poor Privacy" en référence au logiciel de cryptage Pretty Good Privacy (PGP)...

Face à ses grosses machines, les militants de la protection totale des données sont prêts à prendre le cybermaquis. Doobee, membre du collectif de hackers allemand Chaos Computer Club, embrasse ainsi la philosophie des Cypherpunks : "La cryptographie va changer la face du monde. Je travaille ainsi sur les réseaux virtuels privés, qui permettent à une communauté de se réunir dans une sorte de cité murée, cryptée, dans laquelle les infos rentrent mais ne sortent pas." En témoigne aussi le succés des réseaux "parallèles" de type FreeNet et autre Undernet. Face à la globalisarion de la surveillance high-tech, ce genre de citadelle serait la seule manière de "pouvoir être tranquille, entre amis." A défaut de portes, les mondes virtuels ont déjà des murs.

Source : Transfert

 

Arrête de t'intoxiquer, sois ton propre média

Contre l'uniformisation, la censure ou juste pour l'ouvrir, les résistants ont créé leurs webmédias. La technologie leur a donnée l'indépendance, il faut encore la garder.

Connaissez-vous l'anti-CNN ? IndyMedia.org est le plus grand réseau de journalistes indépendants sur Internet. Créé à l'occasion du Millenium Round de Seattle, en novembre 1999, il permit aux "mediactivistes" de couvrir l'événement en direct. En toute subjectivité et en parfaite liberté. Présent dans toutes les grandes réunions internationales (OMC, FMI...), IndyMedia justifie son existence par sa différence. Selon ces nouveaux journalistes, l'idéologie véhiculée par les médias grand public donne une couverture biaisée des événements. Ainsi, quand CNN et TF1 donnent la parole aux ténors de la mondialisation et ont tendance à diaboliser les manifestants, Indymedia couvre les contre-sommets. Face au JT, ils brandissent des reportages en ligne sur les "camps d'entraînement à la non-violence" que suivent les militants anti-mondialisation ou encore des photos et vidéo attestant des violences policières.

Géniaux bénévoles

Présent dans une dizine de villes et de pays, IndyMedia s'est implanté en France à l'occasion du procès de José Bové à Millau, avant de suivre la caravanne anti-FMI à Prague. Né en partie grâce à freeSpeech.org, qui fédère etmet en ligne les programmes des télévisions alternatives américains, Indymedia n'appartiens pas à la "grande famille" de la presse. Chris Arden, informaticien de 43 ans et membre du collectif, sen félicite : "Avec Gutenberg, l'information, contrôlée par l'Eglise, s'est diversifiée. Avec Internet, elle n'est plus entre les mains de la presse corporatiste."

Les coûts de production ont baissé de façon "révolutionnaire" pour les médias audiovisuels. Avec ses cinq permanents, le collectif de vidéastes américains undercurrents.org est, par exemple, à la tête des plus gros fonds d'image sur l'activisme. A Oxford, dans ses petits locaux, Tim, le webmaster, développe une base de données qui permettra à tous les internautes de faire des recherches, pas mots-clés, dans ces milliers d'heures d'enregistrement. Plus besoin d'être un "professionnel de la profession", doté d'un budget chiffré en millions, pour monter sa propre chaîne. Le site français fournit ainsi tous les outils pour créer sa télé (ou radio) sur le Net. Lancé au printemps 2000, son portail propose déjà plus de 500 programmes !

Internet a également transformé les fanzines papier en webzines high-tech (aux coûts de production quasi nuls). Ainsi, en France, le Portail des Copains de rezo.net, recense des dizaines de "médias libres" lus par des milliers d'intenautes : l'Ornitho, les Chroniques du Menteur... Ouverts et interactifs, les fleurons des nouveaux médias sont l'oeuvre de géniaux bénévoles qui, pour vivre, vendent souvent leurs services... aux boîtes qu'ils critiquent tant. Bel exemple de cette schizophrénie : Mike Slocombe, webmaster de urban75.com, site anglais alternatif. Entre deux jobs de webdesign pour la BBC ou Coca-Cola, le jeune homme a construit, en quatre ans, une Rolls des médias militants : 70.000 visiteurs par jour. "Mon site est souvent mieux fait que celui des entreprises qu'il condamne. Si on attaque le système avec ses propres armes, les gens voient que la culture alternative ne se limite pas à des tracts en noir et blanc."

Aucun revenu

Loin des vieux modèles, de nouvelles formes de médias sont même apparues. En tête, le journalisme "open source", comprenez "participatif" ou "contributif". Le principe est simple : tribunes ouvertes à tous les internautes, n'importe qui édite ses infos, brèves ou articles, qui seront ensuite commentés ou corrigés par les autres internautes. La force du journalisme open-source ? Celle qui fait de Linux un système d'exploitation plus performant que Windows : l'émulation générale et la correction mutuelle. "On est nombreux, tous pros dans notre secteur, donc forcément plus forts que le journaliste seul, qui doit parler de beaucoup de choses qu'il ne connaît pas", explique Silvère Trajan, de nospoon.org, un site participatif français, lancé en 1999.

En faisant tourner son "uZine" collective de 1996 à 1998, le MiniRézo, un groupe de webmasters indépendants, fut l'un des pionniers du genre. Il vient de lancer son uZine2 (minirezo.net), sur le modèle "open-source", histoire de reprendre sa vieille critique de l'évolution du Net. Sont visés les chantres de la régulation, la fermeture d'Altern ou l'amendement Bloche. Ces webmasters ont de la bouteille : auteurs du Manifeste du Web indépendant ou de la Défaite de l'Internet au moment de l'affaire Estelle Hallyday, ils contribuent à la reconnaissance des médias libres et du web non-marchand. Ces vieux routiers n'ont pas choisi l'open-source par hasard. la recette marche : slashdot.org, précurseur américain, avec ses 5 000 contributeurs et ses 800.000 pages vues par jour, en a racheté en 1999 par le groupe andover.net, grand acteur économique du logiciel libre.

Pour l'heure, l'indépendance éditoriale de Slashdot semble intact. Mais cette évolution pose la question de la pérennité économique des médias indépendants sur Internet. Tous se refusent à vivre de la pub, n'ont aucun revenu et fonctionnent grâce au bénévolat. Geert Lovink, modérateur de la mailing-list nettime.org, l'un des plus anciens médias contributifs par e-mail, y voit un enjeu central : "Personne n'a encore trouvé de business model vraiement viable. Il nous faut réfléchir à des solutions comme les micropaiements. Il faudrait que la monnaie soit propre à Internet et qu'elle ne puisse être échangée dans le monde réel. Mais là, il s'agit d'un chantier énorme qui ne concerne que les médias." Un système de monnaie virtuelle pour financer des sites sans écorner leur liberté de ton ? Pourquoi pas. Mais il s'agit que d'une piste. Il reste encore aux médias indépendants à inventer leur modèle de développement durable.

Source : Transfert

 

Qui sera le prochain Napster ?

Napster est définitivement rentré dans le rang. reste Gnutella, FreeNet et des dizaines d'autres sites de recherche et d'échanges de fichiers.

Quelle a été la première réaction des internautes adeptes du partage de fichiers, quand, le 26 juillet, la juge Patel a sommé Napster de fermer son site ? Certains se sont précipités pour répandre des versions alternatives du logiciel, les Opennaps. D'autres ont haussé les épaulesavec indifférence : Napster mort, il mleur restait Gnutella, FreeNet et bien d'autres sites de recherche et d'échanges de fichiers. Bref, la fermeture - finalement annulée - du site basé à San Matéo (Californie) a surtout prouvé que les internautes peuvent très bien se passer de lui. A l'avenir, il y a des chances pour que ses utilisateurs l'abandonnent définitivement.

Pourquoi ? Parce que, paradoxalement, Napster n'a jamais autant été en quête de légalité : le 24 juillet, l'entreprise annonçait un record de partenariat avec la société LiquidAudio. Cette décision est cruciale, car LiquidAudio a mis au point un logiciel de distribution musicale respectueux du copyright. A terme, cela signifie que Napster a en tête d'abandonner l'échange gratuit et de rendre ses services payants. Ce n'est pas une surprise : on sait que Hank Barry, le PDG de Napster, planche depuis un moment sur la possibilité de faire payer un forfait mensuel à ses utilisateurs. En un mot : Napster-le-dissident, s'il a un jour existé, est déjà mort. Et deux des cofondateurs de la société californienne, Bille Bales et Adrian Scott, de claironner aux mpédias : "On ne peut échapper au système, c'est ce que l'expérience Napster nous a appris." Eux se sont d'ailleurs recyclés dans FlyCode, une firme d'échanges de films et vidéos parfaitement légaux.

"Eduquer" les futurs consommateurs

Mais qu'il meure ou se range, Napster n'est jamais que l'arbre qui cache l'immense forêt de l'échange de fichiers (swap file, en anglais; peer-to-peer, en langage netéconomique). Car il ya bien longtemps que ne courent plus seulement des fichiers musicaux sur la Toile. Des milliers de films, compactés au format DivX, galopent sur le logiciel Scour Exchange, dont Hollywood essaye désespérément d'avoir la peau. Les jeux vidéo s'échangent comme des billes dans une cour de récré sur RomNet, mis au point dernièrement par un étudiant de Philadelphie. Quant à l'association des éditeurs américains, elle a mené en août une grande campagne pour "éduquer" les futurs consommateurs d'e-books, sachant que les cyber-bouquins ont des chances de subir le même sort que les fichiers MP3. Le système de recherche et d'échange de fichiers est devenue une composante incontournable de la vie des internautes, quasiment au même titre que l'envoi d'e-mails ou le détour par les chats.

Bannières publicitaires

"Je ne crois pas qu'une stratégie visant à supprimer quelque chose d'impossible à supprimer puisse fonctionner", lapalissadait récemment Andy Grove, ex-PDG du géant des microprocesseurs Intel. Effectivement, car certains systèmes sont d'ores et déjà impossibles à contrôler. Gnutella, par exemple, est un logiciel dont le code-source est en libre accès, ce qui signifie que chacun peut le reproduire à sa guise. Résultat : il n'y a pas un, mais des centaines, des milliersde Gnutella sur la Toile, totalement décentralisés, virtuellement imprenables.Quant à FreeNet, c'est un logiciel qui garantit à ses utilisateurs un anonymat total. "FreeNet est conçu pour rendre la censure inopérante", explique Ian Clarke, le créateur de ce réseau qui empêche toute tentative de vérification, a fortiori de fermeture des sites. Les rebelles de la gratuité auraient-ils gagné la guerre ? Que reste-t-il aux défenseurs du cpyright, hormis leur yeux pour pleurer ?

Peut-être des idées. Histoire d'aller piocher quelques sous -ou plus- dans l'énorme manne de consommateurs de l'échange de fichiers, notamment par la publicité. Sur Internet, chassez le publicitaire par la porte, il revient par la fenêtre. Ainsi, la firme israélienne EverAd a conçu un logiciel permettant d'adjoindre des bannières publicitaires aux téléchargements musicaux. De son côté, l'American Digital Payloads a mis au point l'introduction, de jingles publicitaires dans les fichiers MP3 et vidéo. on imagine l'aubaine que pourraient représenter ces procédés pour un Napster en quête de légalité...

Trouver la parade

Et pour Gnutella et consorts, qui persisteront dans leur refus de rentrer dans le rang, il existe déjà autre chose : ShareZilla, mis au point par la société FlatPlanet, propose aux annonceurs de capter toutes les requêtes Gnutella et d'y glisser un message publicitaire. Exemple : l'internaute recherche la chanson Satisfaction des Rolling Stones. Lui revient un fichier MP3 baptisé "Lisez Transfert - Satisfaction". Et cela, naturellement à l'insu de celui qui gère le site. Lequel va bientôt trouver une parade, etc., etc. Jusqu'à ce que, dans un avenir proche, le partage de fichiers soit définitivement dépassé.

Source : Transfert

 

L'art en liberté

Née à Paris, il y a quelques mois, la licence Art Libre permet de s'affranchir, en toute légalité, des contraintes du copyright. Avis aux amateurs de remix...

Prenez un choeur de negro spirituals. Imaginez son chef, Louis Achille, d'ascendance antillaise.Prof de lycée lyonnais corpulent et bonhomme, il ne se voyait franchement pas faire de l'argent sur les chants des esclaves : il se souvenait que son propre grand-père avait été enchaîné. Las, son successuer à la tête du choeur, Etienne André, rêvait de sortir un disque. Quelle solution pour éviter que le mécanisme des droits d'auteur ne contredise la parole de son maître ? Réponse dénichée au détour d'une newsletter consacrée à Linux : la Licence Art Libre. Désormais, les CD de la chorale Park New Choir peuvent être copiés sans échange d'argent et sans risque de poursuites. Mieux : les chants peuvent même être réutilisés et modifiés. D'ailleurs, le chef de choeur attend avec intérêt les éventuels candidats au remix.

La Licence Art Libre est née, il y a quelques mois, à Paris, lors d'une rencontre entre des artistes contemporains et les hérauts français de l'informatique libre. Ce face-à-face baptisé "Copyleft Attitude" annonçait la couleur : comment adapter l'anti-copyright, célébré par les logiciels libres, à des créations qui, précisément, ne sont pas des logiciels ?

Partie d'une réunion aux airs faussement anars, tenue dans un sous-sol du X arrondissement, l'initiative ne semblait pas gagnée d'avance. Pas évident de concilier la posture artistique, le manifeste politique et la sécheresse d'un cadre juridique. Le collectif Copyleft Attitude est pourtant parvenu à construire son projet grâce à la liste de diffusion. A l'arrivée, le texte ressemble à une licence de logiciels. Il permet à l'auteur d'une oeuvre d'autoriser des copies et les modifications. Celui qui profite de cette liberté ne peut pas percevoir de droits d'auteur pour les copies ou les modifications. Et celles-ci deviennent reproductibles à leur tour... Ainsi se crée une chaîne d'oeuvres libres, que le système commercial ne peut s'approprier.

Selon Copyleft Attitude, cette licence est tout le contraire d'un abandon du droit d'auteur. Pour le collectif, le droit d'auteur, c'est justement de pouvoir faire accéder le public librement à son travail. Antoine Moreau, coordinateur de la liste, justifie le rapprochement avec l'informatique : "Le hacker a une démarche proche de l'artiste : il se préoccupe de la création avant de s'intéresser à la rentabilité financière de son oeuvre". Les artisites concernés par le Copyleft sont, en effet, très peu nombreux à vouloir (et pouvoir ?) vendre leur travail. "L'intention est d'autoriser l'utilisation d'une oeuvre par le plus grand nombre. En avoir la jouissance pour multiplier les réjouissances", précise la licence. Jolie formule pour contrecarrer les crispations actuelles sur la propriété intellectuelle.

En voie d'être repris par différents collectifs du Net Art, ce projet n'est pas isolé : une licence à peu près identique a déjà vu le jour aux Etats-Unis. Même si elle revêt une dimension politique évidente, le Licence Art Libre ne l'évoque que succintement dans son préambule : " Sa raison essentielle est de promouvoir et protéger des pratiques artistiques libérées des seules règles de l'économie de marché."

Pour Etienne André, qui vient de céder la direction du choeur de negro spirituals, c'est peut-être déjà trop : "Même si l'adhésion au principe est implicite, on risque de braquer des gens qui ne sont pas forcément à gauche. Etait-ce indispensable de le dire ? " Après quelques flottements, il a quand même réussi à convaincre sa chorale : park new choir a sorti son CD !

Source : Transfert

été utilisées par la France dans le cadre d'un conflit.

Enceinte confinée

Comme le révélait Libération du 15 juin 2000, le centre d'essais de Gramat (CEG) abrite le «site de tir uranium» où sont mesurés les effets de l'impact de ses obus contre des blindages. L'hiver dernier, cet établissement très secret avait été sous les feux de l'actualité, lorsqu'une équipe de spéléologues s'y est retrouvée coincée dans un grotte pendant plusieurs jours. Au pied de grandes falaises de calcaire, une tranchée de deux cents mètres aboutit à une énorme sphère de béton blanc.

Une ou deux fois par an, une dizaine d'obus so