La Suisse et Echelon
 

 

Une alliance Suisse/Etats-Unis

Pour aider la Suisse à démasquer des organisations terroristes, des fonctionnaires américains pourraient bientôt prendre leurs quartiers à Berne.

La Suisse souhaite intensifier de manière spectaculaire sa collaboration avec les Etats-Unis en matière de lutte contre le terrorisme. C'est ce qu'elle a fait savoir cette semaine lors d'une visite à Berne d'un des principaux artisans de la campagne américaine antiterroriste, le sous-secrétaire d'Etat au Trésor Jimmy Gurulé.

Berne - Washington: même combat

Concrètement, la Suisse propose aux Etats-Unis de travailler désormais dans les mêmes bureaux pour tout ce qui concerne l'identification des structures de financement des personnes ou d'organisations soupçonnées d'activités terroristes.

Des fonctionnaires suisses seraient notamment postés en permanence ou pour des périodes de longue durée dans les services américains chargés de la question du terrorisme.

Alors que réciproquement, des fonctionnaires américains travailleraient avec leurs collègues suisses dans les services analogues existant en Suisse. De tels échanges ont déjà eu lieu par le passé mais uniquement sur une base ponctuelle.

La Suisse est le premier pays à faire une telle offre aux Etats-Unis.

Projet d'accord

En fait, cette offre n'est pas entièrement nouvelle mais c'est la première fois qu'elle est rendue publique officiellement. Et c'est la première fois que les Etats-Unis semblent désireux de l'accepter.

Selon nos informations, Berne avait déjà offert aux Américains des schémas de collaboration analogues juste après les attentats du 11 septembre mais Washington ne s'était pas vraiment montré intéressé.

En février de cette année, la Suisse est alors revenue à la charge et il existe maintenant un projet d'accord qui règle non seulement la question des échanges d'agents entre les deux pays mais également tous les autres aspects de la collaboration judiciaire et policière en matière de lutte contre le terrorisme.

Le projet d'accord sera discuté la semaine prochaine lors d'une visite très attendue à Berne du ministre américain de la Justice.

Dix mètres cubes de papier!

En fait, la collaboration entre Washington et Berne en matière de lutte contre le terrorisme est déjà intense. Lors d'une conférence de presse donnée mercredi à Berne à l'ambassade des Etats-Unis, le sous-secrétaire d'Etat Gurulé s'en est félicité.

Relevant notamment que toutes les demandes formulées par les Etats- Unis de blocage de comptes bancaires suspects ouverts en Suisse ont jusqu'ici été exécutées par Berne.

On rappellera également que du 2 au 12 avril, sept fonctionnaires américains spécialistes du financement du terrorisme ont eu l'occasion d'examiner en Suisse une vaste quantité de documents - dix mètres cubes de papier! - saisis par les polices suisses dans le cadre de leurs enquêtes sur d'éventuelles ramifications suisses avec les attentats du 11 septembre.

Procédures accélérées?

Ce partage d'informations avec les Etats-Unis a d'ailleurs suscité une controverse car il a eu lieu sans que Washington ne soumette à la Suisse une demande d'entraide judiciaire en bonne et due forme.

Selon nos informations, les Américains souhaiteraient d'ailleurs que Berne fasse preuve à l'avenir de moins de formalisme mais au bureau du procureur de la Confédération, on déclare avec force qu'il n'en est pas question.

«Nous souhaitons que l'échange d'informations soit aussi rapide et efficace que possible», a dit mercredi à swissinfo le porte-parole du procureur «mais les procédures prévues par l'accord d'entraide judiciaire avec les Etats-Unis sont et seront strictement respectées».

Source: Swiss Info (06/06/2002)

 

Informatique: l'administration fédérale n'est pas imperméable

La sécurité informatique ne peut être garantie à 100 %, dans l'administration fédérale pas plus qu'ailleurs, estime le Conseil fédéral. Il répond ainsi à un parlementaire s'inquiétant des activités du réseau d'espionnage américain ECHELON.

Le niveau de sécurité des données de l'administration fédérale est «comparable à celui des administrations en Suisse et à l'étranger», précise le gouvernement. Le système est protégé par des «cloisons coupe-feu», qui prémunissent contre les intrusions venant d'Internet. Sauf exceptions, les données ne sont pas cryptées.

Dans sa réponse à une interpellation de Hansueli Raggenbass (PDC/TG), le Conseil fédéral rappelle qu'il n'existe pas de mesures globales efficaces contre les modes d'interception possibles. Les données de la Confédération ne sauraient donc être imperméables à l'espionnage, notamment mené par le système américain ECHELON.

Jusqu'à un certain point, les activités d'espionnage sont légales, selon la Convention européenne des droits de l'homme, souligne le gouvernement. La Suisse développe actuellement le système d'interception ONYX. Toute participation à un système international d'espionnage est en revanche exclue.

Source: Edicom (15/03/2002)

 

Echelon: la Suisse nie toute collaboration avec les Américains

Duncan Campbell - le journaliste écossais qui a révélé l’existence d’«Echelon», un système d’écoutes mises en place par les Etats-Unis - pense que la Suisse travaille avec la National Security Agency. Une information confirmée par Le Monde du Renseignement, mais démentie par les autorités helvétiques.

Oswald Sigg est catégorique. Selon le porte-parole du Département fédéral de la défense, la Suisse n’a aucune collaboration avec ce réseau d’écoutes mondiale «Echelon».

En 1947, pour espionner l’URSS, les Etats-Unis créent «Echelon». Ils sont rapidement rejoints par le Canada, la Grande-Bretagne, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Ce n’est qu’en 1988 que le journaliste indépendant Duncan Campbell révèle au reste du monde l’existence de ces grandes oreilles (120 satellites) qui écoutent toutes nos conversations.

Pas un appel téléphonique, pas un fax, pas un e-mail n’échappe à la vigilance d’«Echelon», capable de capter 2 milliards de communications chaque jour. Le rapport de Duncan Campbell, «Interception Capabilities 2000», publié en anglais pour le Parlement européen, vient d’être traduit en français sous le titre «Surveillance électronique planétaire».

Plusieurs pays, comme l’Allemagne, le Japon, ou la Corée du Sud bénéficient parfois de ce puissant réseau d’espionnage électronique. Et la Suisse? «Deux pays non anglo-saxons souhaitent rejoindre «Echelon», il s’agit du Danemark et de la Suisse. D’ailleurs, les services secrets français et allemands ont toujours considéré que les services suisses collaboraient davantage avec les Américains qu’avec eux», constate Duncan Campbell.

En octobre 2000, la presse et certains parlementaires suisses se sont inquiétés de la vente par Swisscom d’antennes paraboliques à Loèche à la société américaine Verestar, filiale du groupe Tower Corporation, spécialisé dans les télécommunications, y compris celles du gouvernement américain.

Les informations publiées dans le dernier numéro du Monde du Renseignement (22 février 2001), édité à Paris, risquent de jeter un énorme pavé dans la mare. Cette lettre confidentielle affirme que le 10 février dernier à Washington un cadre de Swisscom lui a confié que la National Security Agency «était vivement intervenue en faveur de cet achat (les antennes paraboliques de Loèche), estimé à 100 millions de francs suisses».

La publication ajoute que «l’agence d’interception du Pentagone souhaitait disposer de contacts privilégiés avec l’opérateur de ces stations satellitaires», et qu’il y aurait eu «un accord entre le département américain de la Défense et les autorités suisses».

Encore une fois, Oswald Sigg dément ces informations. Comment expliquer alors que la Suisse soit régulièrement montrée du doigt? «Il y a surtout des raisons politiques, souligne le porte-parole du Département fédéral de la défense. De sorte que la Suisse trouve en matière de renseignements également un chemin qui lui est propre. C’est-à-dire conforme à sa position de neutralité».

Source: Swiss Info (27/02/2001)

 

Les Suisses gâtent le Pentagone

L’acquisition au mois d’octobre dernier par la firme américaine Verestar Corporation de plusieurs installations satellitaires en Suisse a été précédée par un accord entre le département de la Défense et les autorités helvétiques. L’opération portait sur la vente par la compagnie Swisscom d’une station de gestion des communications par satellite, située à Loeche dans le sud du pays, ainsi que sur trois de ses annexes implantées à Genève, Zurich et Bâle.

Or, le 10 février dernier à Washington, un cadre de la société Swisscom a affirmé au correspondant du Monde du Renseignement que la NSA était vivement intervenue en faveur de cet achat, estimé à 100 millions de francs suisses. L’agence d’interception du Pentagone souhaitait disposer de contacts privilégiés avec l’opérateur de ces stations satellitaires. Les activités de Swisscom A.G. à Loeche présentaient plusieurs intérêts stratégiques. En effet, les satellites de communication (de type Intelsat) possèdent un nombre variable de canaux. Chaque canal peut acheminer des centaines de com-munications (voix et données). Jusqu’à maintenant, en fonction de la participation financière des pays, on attribuait aux opérateurs nationaux un nombre de canaux précis, couvrant des zones géographiques déterminées. Ainsi, Swisscom, via son centre de Loeche, gérait notamment une grande partie du trafic des communications par satellite entre l’Europe et la région de l’océan Indien, mais aussi entre l’Europe et certaines zones du Moyen-Orient.

En outre, jusqu’à une période récente, des unités suisses chargées des interceptions, membres de I’ex-Groupe de renseignement, évoluaient sur le site de Loeche. Et en février 1999, c’est au même endroit que le Conseil fédéral avait accordé aux services de renseignement helvétiques l’autorisation d’installer des moyens d’écoutes. II s’agissait surtout de deux antennes d’interception de 18 mètres de diamètre.

A l’époque, Swisscom était devenu le maître d’oeuvre de ce chantier, en qualité de sous-traitant pour le compte du ministère de la Défense. La société Verestar, filiale du groupe American Tower Corporation (230 millions $ de chiffre d’affaires), détient la place de leader sur le mar-ché des communications satellites. Elle gère directe-ment dix bases terrestres d’accès aux satellites - aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en Suisse, en Grèce et à Singapour -, et entretient plus de 175 antennes d’accès à ces satellites, qui lui permettent d’être présente dans tous les systèmes de communication spatiaux employés sur la planète.

En ce qui concerne Internet, l’entreprise appartient aux opérateurs les plus importants pour le transport des communications par satellite. Enfin, si sa clientèle compte de nombreux distributeurs, Verestar travaille aussi pour I’US Navy, via son Maritime Telecommunications Network (MTN).

Source: Le Monde du Renseignement (22/02/2001)

 

Berne renonce à Echelon...

L'opinion publique suisse est rassurée. L'opérateur historique helvétique, Swisscom, ne vendra finalement pas son réseau d'antennes d'interception à une société américaine proche de la NSA, l'agence de sécurité qui a mis en place Echelon. Le scandale avait été révélé dans l'hebdomadaire "Dimanche" et avait fait grand bruit chez nos voisins. Cependant, grâce aux pressions conjuguées des parlementaires et des services de contre-espionnages, Swisscom a finalement refusé de finaliser son projet de revente et a décidé de filialiser cette activité.

Source: Internet Actu (14/12/2000)

 

Le parlement suisse casse les oreilles d'Echelon

Sous la pression des parlementaires helvétiques, l'opérateur public historique Swisscom renonce à céder à une société américaine de très stratégiques antennes d'interception qui auraient pu alimenter le fameux réseau Echelon, rapporte le 7 décembre l'Agence télégraphique suisse.

Sécurité nationale

« Finalement on s'est rendu compte qu'en vendant ce secteur, l'image de Swisscom aurait souffert », a tenu à expliquer Jens Alder, le patron de la société, selon l'agence ATS.

L'opérateur a été mis sur la sellette par une commission du Conseil des États, l'une des deux chambres du Parlement et l'équivalent du Sénat français. Pour des raisons de « sécurité nationale » l'opérateur doit donc renoncer à vendre ces bijoux de famille.

Révélée fin novembre

Swisscom voulait vendre ses antennes à Verestar, liée de très près à la National Security Agency des États-Unis par nos confrères de l'hebdomadaire Dimanche, l'affaire concerne plusieurs sites d'antennes de réceptions radioélectriques disséminés en Suisse et notamment dans les Alpes. Après des négociations peu transparentes, Swisscom avait signé un engagement pour vendre l'exploitation de ces antennes à une société américaine, Verestar, liée de très près à la National Security Agency (NSA) des États-Unis, et architecte en chef du réseau d'interception Echelon.

Finalement, Swisscom, dans un premier temps, pourrait filialiser son activité de radiodiffusion, qui resterait néanmoins sous sa tutelle capitalistique.

Source: ZDNet (09/12/2001)

 

Swisscom renonce à la vente de Broadcasting

Le secteur Broadcasting (BCS), qui emploie environ 200 personnes et possède des émetteurs et des réémetteurs sur plus de 400 sites, restera la propriété de Swisscom. L'activité spécialisée de Broadcasting continuera à se développer dans le cadre d'une filiale. Rappelons qu'elle représente aujourd'hui moins de 2% du chiffre d'affaires du groupe Swisscom. 

Le 13 septembre dernier, Swisscom annonçait son intention de vendre le secteur Broadcasting. Ce projet s'inscrivait dans le processus de recentrage des activités de l'entreprise sur son métier de base. Au cours de ces dernières semaines, Swisscom a également tenu compte, dans ses réflexions, des opinions exprimées au sein du Parlement suisse en matière de sécurité. 

Après une analyse globale de la situation et une étude détaillé des différentes offres, les responsables sont arrivés à la conclusion que la meilleure solution était de continuer à développer le secteur, aujourd'hui très dynamique, au sein du groupe Swisscom. 

Swisscom Broadcasting s'occupe d'un domaine particulier de la branche des télécommunications, à savoir la diffusion des programmes de radio et de télévision de SRG SSR idée suisse et de nombreux opérateurs privés, ainsi que la fourniture de services annexes. Parmi ses clients les plus importants figurent notamment les exploitants de réseaux câblés. Au regard de la technologie, mais aussi de l'activité économique et de la clientèle, Broadcasting représente un segment ciblé du marché. Ce secteur bénéficie en outre de nombreuses années d'expérience et dispose de l'un des réseaux les plus denses du monde, comptant plus de 3000 émetteurs et réémetteurs situés sur plus de 400 sites. 

Source: Swisscom (14/12/2000)

Des antennes suisses pour Echelon ?

Dans la série les alliés officieux du réseau Echelon, la confédération helvétique est dans le collimateur, comme l'ont révélé trois de nos confrères de l'hebdomadaire de Suisse romande Dimanche.

C'est surtout Swisscom

Swisscom aurait bradé son équipement stratégique à une société américaine (l'ancien opérateur public aujourd'hui partiellement privatisé), le France Télécom local, qui est accusé par les parlementaires d'avoir bradé une partie de son équipement stratégique à une société américaine fortement soupçonnée d'avoir partie liée avec la puissante National Security Agency, chargée du renseignement électronique des États-Unis.

Dans son édition du 19 novembre, Dimanche indique que les antennes paraboliques de Swisscom installées à Loèche (Valais) ainsi que celles de sept autres stations à Genève, Bâle et Zurich, ont fait partie d'une transaction louche entre l'opérateur suisse et la société américaine Verestar. Transaction que l'hebdomadaire date du 4 octobre dernier. Verestar, qui appartient au groupe American Tower Corporation (Boston), est un spécialiste des télécoms et des réseaux sans fil, en contrat notamment avec l'US Navy.

Le Département fédéral de la défense a même été « doublé » par l'opérateur

un groupe de sénateurs suisses va déposer une motion devant l'Assemblée fédérale sur « le problème de la souveraineté du pays dans la vente par Swisscom de ses réseaux de télécommunication ». Un mois plus tôt ces mêmes parlementaires s'étaient déclarés « surpris et irrités » par « la rapidité des décisions » de Swisscom dans la vente de son patrimoine.

Le Département fédéral de la défense a même été « doublé » par l'opérateur, puisque ce dernier s'était engagé le 20 mars 2000 à informer le gouvernement sur tout contrat pouvant remettre en question « l'intérêt public et la politique de sécurité », selon un ministre interrogé par nos confrères. Swisscom prétend avoir respecté les règles, tout en confiant qu'elles ne concernent que les gros contrats et que la vente des antennes n'était « pas un gros business ».

Les observateurs américains et britanniques consultés par les auteurs de l'enquête confirment que Verestar est une sorte de couverture de la NSA, pour l'acquisition de bases de réception satellitaires - elle en possède une dizaine dans le monde, plus environ 160 stations de plus petite taille.

Un maillon d'Echelon

Dimanche révèle surtout que la Confédération développe son propre système d'écoute, « Echelon en modèle réduit » (nom de code Satos 3), qui prévoit de déployer des antennes paraboliques pour écouter les communications hors de ses frontières. Certaines seront installées à Loèche, près de celles de Verestar.

Comme le soupçonne sérieusement le spécialiste Duncan Campbell, l'un des observateurs consultés, Satos 3 pourrait être un des nouveaux maillons d'Echelon.

Mais, suite à l'émotion provoquée par les révélations de l'hebdomadaire suisse, une tout autre voie pourrait être choisie. C'est ce que Claude Ansermoz, l'un des auteurs de l'enquête, a confié à ZDNet : les antennes pourraient finalement être vendues à la SSR, la société de radiodiffusion publique.

Source: ZDNet (24/11/2001)

 

La Suisse se fait doubler par Echelon

Scandale en Helvétie : alors que les services de renseignement suisses venaient d'annoncer la création d'une version réduite d'Echelon, le système de surveillance électronique anglo-saxon, les Américains seraient en passe d'y installer une de leurs propres stations...

En août dernier, le magazine suisse Webdo révélait que la confédération helvétique allait se doter d'un système de surveillance électronique des télécommunications (fax, téléphone, Internet, etc.) semblable, mais en modèle réduit, au désormais célèbre Echelon, le système de surveillance électronique anglo-saxon. Intitulé SATOS 3, ce projet devait disposer d'une dizaine de paraboles d'écoute fonctionnant avec un logiciel de recherche et traitement de mots-clés. On apprenait aussi que les services de renseignement militaires suisses allaient ainsi pouvoir échanger des informations avec leurs homologues français et allemands. Mais, selon dimanche.ch, le supplément dominical de Webdo, il risque d'y avoir de la friture sur la ligne.

Une filiale déguisée de la NSA ?

Lors d'une réunion extraordinaire de la Commission de la politique de sécurité du Conseil des États, rapporte le journal en ligne, les sénateurs helvétiques ont en effet découvert que les huit stations satellites suisses de l'opérateur Swisscom, qui étaient à vendre depuis quelques mois, ne l'étaient plus. Elles ont été rachetées, en catimini, par Verestar, une société américaine. Alan Box, un représentant de l'entreprise interrogé par dimanche.ch, avance que les stations suisses “sont un premier point d'ancrage en Europe. Elles permettent de faire la liaison avec tous les satellites situés au-dessus de l'océan Indien et complètent ainsi notre infrastructure". Verestar possède déjà 10 stations aux États-Unis totalisant plus de 160 antennes satellites. Filiale de la société American Tower Corporation, qui possède quant à elle 10 300 relais terrestres de communications électroniques, c'est l'un des leaders de la "transmission de la voix et de données ainsi que des services internet à l'intention du gouvernement américain et des compagnies de croisière maritime". Or, qui peut retransmettre peut aussi intercepter, et la société serait, selon des sources militaires suisses, une succursale déguisée de la National Security Agency (NSA), le maître d'œuvre d'Echelon, le système de surveillance mondiale anglo-saxon.

Du bon voisinage en matière d'espionnage

La NSA possède déjà des stations d'écoute au Danemark, aux Pays-Bas, en Angleterre, en Allemagne, en Norvège et en Suède. Elle a commencé à externaliser une partie de ses activités en les confiant à des prestataires privés. Selon un ancien haut-fonctionnaire du gouvernement américain, cité par dimanche.ch, il s'agirait là rien de moins que des prémisses à la privatisation d'une bonne part des activités de la célèbre agence. Duncan Campbell, le journaliste qui a révélé l'existence d'Echelon, estime, lui, que "la Suisse est en train de rejoindre le système Echelon comme partenaire minoritaire" ! Ironie de l'histoire, c'est à Loèche, dans le Valais, là même où se trouve la plus importante des stations vendues à Verestar, que se trouve la plus importante des stations d'interception de Satos 3. Il risque effectivement d'y avoir de la friture sur la ligne. À moins que les éventuelles querelles de voisinage ne se soldent par une aimable colocation, avec partage en règle des frais, des charges... et des informations.

Source: Transfert.net (22/11/2000)

 

Swisscom a-t-elle vendu nos secrets aux USA?

Swisscom aurait violé un accord passé avec la Confédération en vendant des installations sensibles aux Américains de Verestar. Les militaires soupçonnent que cette société soit liée au réseau d'écoute Echelon. La Commission de sécurité du Conseil des Etats s'inquiète pour "la souveraineté de la Suisse".

Les montagnes suisses ont des oreilles. Mais à qui profite leur écoute? Un véritable vent de panique souffle depuis quelques jours chez les politiques, qui craignent l'infiltration de nos installations de télécommunication par des forces étrangères. Lors d'une réunion extraordinaire vendredi de la Commission de la politique de sécurité du Conseil des Etats, les sénateurs ont décidé de déposer une motion, à la prochaine session de l'Assemblée fédérale le 27 novembre, sur "le problème de la souveraineté du pays dans la vente par Swisscom de ses réseaux de télécommunication", nous ont indiqué hier les conseillers aux Etats Christiane Langenberger (rad./VD) et Theo Maissen (PDC/GR), membres de la commission. "Nous avons aussi écrit au Conseil fédéral pour l'inciter à tenir compte des lacunes de la législation", ajoute le président de la commission, Pierre Paupe (PDC/JU).

Si la souveraineté de la Suisse est si gravement menacée, c'est que la vente incontrôlée des installations de Swisscom pourrait servir à d'autres gouvernements, et cela pour percer nos secrets. Dans un communiqué daté du 23 octobre émanant de la commission, les parlementaires s'étaient déjà déclarés "surpris et irrités" par "la rapidité des décisions" de Swisscom dans la vente de son patrimoine. Mais cette semaine, comme l'a révélé La Liberté dans son édition de jeudi, les membres de la commission ont été véritablement alertés des dangers posés par la vente prévue des antennes de Swisscom à la suite d'un exposé du chef de l'état-major général Hans-Ulrich Scherrer.

L'armée doublée par Swisscom? 

Selon nos informations, c'est une transaction déjà effectuée qui cause véritablement du souci au Département fédéral de la défense: celle des antennes paraboliques de Loèche, en Valais, et de sept autres stations à Genève, Bâle et Zurich à la société américaine Verestar le 4 octobre dernier. Selon un haut responsable proche du dossier, le Conseil fédéral a été informé par deux fois, cette semaine encore, de "forts soupçons" des militaires selon lesquels cette compagnie américaine serait liée à l'Agence de sécurité nationale (NSA), autant dire les services de renseignements électroniques des Etats-Unis, qui dirigent le fameux réseau Echelon. Le risque existerait ainsi que la Suisse puisse être espionnée grâce à aux installations qu'elle a elle-même construites, ou qu'elle serve de base à ce type d'activités.

Toujours selon cette même source, le Département fédéral de la défense a été "doublé", en quelque sorte, par Swisscom. Car un accord signé le 20 mars dernier prévoit que toute vente importante effectuée par Swisscom soit précédée d'un feu vert de la Confédération. Selon Hugo Schittenhelm, porte-parole du Département fédéral de l'environnement, des transports, de l'énergie et de la communication, Swisscom doit soumettre pour approbation tout contrat pouvant remettre en question "l'intérêt public et la politique de sécurité". Or, a appris dimanche.ch, Swisscom n'aurait jamais informé les militaires de la vente des antennes de Loèche. Ce que conteste Swisscom: pour son porte-parole, Christian Neuhaus, non seulement "les militaires ont été intégrés dans le processus de décision", mais en plus "l'accord ne concerne que les ventes représentant un certain volume d'affaires". En l'occurrence, selon le porte-parole, la vente des antennes de Loèche n'était "pas un gros business". Le mystère reste cependant entier sur le prix de la transaction. Swisscom y a vu une bonne affaire, car la station de Loèche était sous-exploitée, affirme un technicien sur place. Sa destruction avait même été envisagée, indique Swisscom.

Mais la préoccupation ne vient pas du bénéfice de Swisscom, naturellement. Ce qui inquiète, c'est la nature de ce que les grandes oreilles peuvent transmettre - et donc intercepter, foi d'ingénieur! En gros, non seulement des ondes radio et des programmes de télévision, mais également des données internet ainsi que des transmissions de téléphonie cellulaire ou fixe, bref, tout ce que la terre voit passer de communications. Pour Verestar, qui se présente comme un spécialiste de "la transmission de la voix et de données ainsi que des services internet à l'intention du Gouvernement américain et des navires de croisière", l'acquisition des antennes de Loèche est "un premier point d'ancrage en Europe" et permettra "de faire la liaison avec tous les satellites situés au-dessus de l'océan Indien", a affirmé lors de l'achat Alan Box, vice-président et directeur général de Verestar.

Nouvelles négociations...

Du côté des militaires suisses, on ne se risque pas à répéter en public les soupçons confiés à la Commission de la politique de sécurité et au Conseil fédéral. "Nous ne faisons pas de contre-espionnage et ce n'est pas à l'armée, mais au Ministère public de la Confédération de juger si cette compagnie travaille pour les renseignements américains", précise Philippe Zahno, porte-parole de l'état-major. 

Selon lui, toutes les installations qui appartenaient avant à Swisscom doivent faire l'objet de nouvelles négociations entre les repreneurs et la Confé-dération: "C'est ennuyeux, d'au-tant plus si ces affaires deviennent propriétés étrangères. Il y a le côté psychologique lié à la perte d'un patrimoine, mais aussi le problème du maintien du secret quant au contenu et à la capacité de ces installations. Nous ne voulons pas que ces informations deviennent publiques, car elles pourraient entraîner une menace pour la sécurité du pays." C'est donc un secret de Polichinelle: les grandes oreilles de Loèche peuvent être convoitées par les milieux de l'espionnage. La Confédération elle-même développe son propre système de surveillance grâce à des antennes similaires à Loèche dans le cadre du projet Satos 3, destiné à prévenir "les menaces liées à la technologie, au terrorisme et à la prolifération nucléaire". Avec encore les installations du Programme des Nations Unies pour l'environnement, dont la mission est de surveiller l'état écologique de la planète, cela fait beaucoup de monde, à Loèche, à ouvrir grandes les oreilles... 

Chronologie:

20 mars 2000 : un accord entre Swisscom et la Confédération stipule que les ventes d'installations de l'ancienne régie devront être soumises à l'approbation de l'Etat.

4 octobre:  la compagnie américaine Verestar rachète les antennes paraboliques de Swisscom.

23 octobre : la Commission de la politique de sécurité du Conseil des Etats déclare réagir avec "surprise et irritation aux plans de Swisscom".

8 novembre : un premier rapport oral alarme le Conseil fédéral sur les dangers des ventes de Swisscom.

13 novembre : le chef de l'état-major général informe la Commission de la politique de sécurité des risques posés à la sécurité du pays.

15 novembre : le Conseil fédéral est informé par écrit du dossier.

17 novembre : la Commission de la politique de sécurité du Conseil des Etats décide en session extraordinaire de déposer une motion sur "le problème de la souveraineté du pays dans la vente des installations de Swisscom".

Les liens troubles de Verestar

Verestar est un provider spécialiste de l'internet et de la communication sans fil. Cette filiale d'American Tower Corporation (Boston, Massachusetts) ne semble pas directement connectée, de prime abord, avec les activités d'écoute des services secrets américains. Pourtant, Verestar a acquis, ces dernières années, plusieurs stations terriennes de transmission par satellite (SNAP). C'est un de ces SNAP qu'elle a acheté à Swisscom à Loèche. Elle en possède maintenant une dizaine dans le monde. Verestar gère également 160 stations de plus petite taille, dont sept achetées au "géant bleu" à Bâle, Zurich et Genève.

La seule collaboration avouée entre Verestar et le Gouvernement américain est un contrat liant sa division des télécommunications maritimes et la marine américaine, l'US Navy. Elle lui fournit des services téléphoniques pour déployer sa flotte. Contactée pour commenter ses affaires avec la marine américaine et ses achats à Swisscom, Verestar, basée à Fairfax (Virginie), n'a pas retourné nos appels.

Plus intéressant, Verestar fournit des connections directes à des hubs majeurs de communication internet, les Metropolitan Area Ethernets (MAE). Dans un récent rapport intitulé "Capacités d'interception 2000", le Parlement européen a pointé le doigt sur ces MAE et sur d'autres sites internet comme étant les "oreilles indiscrètes" de la National Security Agency (NSA) sur l'internet. 

Pour un ancien haut fonctionnaire du Gouvernement américain, le contrat entre Verestar et Swisscom pourrait démontrer que la NSA (National Security Agency) - les services d'écoute américains - a décidé d'"outsourcer" certaines de ses activités à des compagnies privées. Il assimile ces opérations à une sorte de "privatisation des renseignements électroniques". Sous l'appellation "opération Groundbreaker", la NSA a déjà délégué nombre de ses activités "non critiques" au secteur privé. Elle anticipe ainsi sa privatisation qui devrait commencer en juillet 2001.

Le directeur de la NSA, Michael Hayden, est déterminé à concentrer les activités de l'agence sur les modes de communication moins traditionnels, comme les technologies cellulaires et digitales ou les fibres optiques. La NSA est sous pression pour recentrer son attention sur les activités des terroristes, des trafiquants d'armes ou de narcotiques, ou la criminalité économique. Ces efforts de modernisation ont un nom de code: "le projet pionnier".

Les experts familiers des opérations d'écoute électronique pensent que la multiplication des satellites de télécommunication et des stations terriennes est le résultat d'un besoin croissant de la NSA de mieux couvrir les aires de réception de moindre taille.

La NSA possède aujourd'hui des stations terriennes au Danemark, aux Pays-Bas, en Angleterre, en Allemagne, en Norvège et en Suède. Assurément, améliorer la couverture satellite en Suisse et dans d'autres pays ne serait pas pour déplaire à la NSA. Wayne Madsen, Washington

La Suisse proche d'Echelon?

La Suisse va-t-elle rejoindre Echelon, le réseau d'écoutes international dirigé par la National Security Agency (NSA) américaine? Pour les multiples sites internet consacrés au sujet, c'est déjà fait. Plus sérieusement, Duncan Campbell, l'homme qui a débusqué "les grandes oreilles", en est persuadé. Dans un rapport remis au Parlement européen en octobre 1999, il précisait déjà que "les services de renseignements suisses avaient récemment annoncé un plan pour l'acquisition de deux stations d'interception satellite COMSAT (n.d.l.r.: le même système que Swisscom vient de vendre à Verestar à Loèche)". Contacté par dimanche.ch, le spécialiste britannique va encore plus loin: "J'ai surveillé le développement du système suisse, Satos 3. A mon avis, cela montre en effet que la Suisse est en train de rejoindre le système Echelon comme un partenaire minoritaire. A moins que le Gouvernement helvétique ne fasse une déclaration officielle allant dans le sens contraire."

Mais que se cache-t-il derrière le sibyllin Satos 3? Un projet initié dans les années 1990 par Peter Regli, l'ancien chef des services secrets mis à pied après l'affaire Dino Bellasi. D'ici quelques mois, la Suisse sera donc dotée de son propre système d'écoute des satellites de télécommunication. Un système identique à celui d'Echelon, mais en modèle réduit. Les antennes nécessaires, qui proviennent de Grande-Bretagne, seront installées à Loèche (VS), juste à côté de celles de Verestar (!), à Zimmerwald et à Heimenschwand (BE). Pour un montant estimé entre 50 et 100 millions de francs. Officiellement, uniquement pour des écoutes à l'extérieur de nos frontières, puisque la législation en la matière a été durcie en Suisse.

Dans les faits, rien n'empêcherait pourtant Satos 3 de rejoindre le réseau Echelon qui compte déjà les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, le Canada, l'Australie et la Nouvelle-Zélande. Même si Adolf Ogi, chef de la défense (DDPS), a toujours assuré qu'il n'y aurait pas de collaboration avec des pays étrangers. Aujourd'hui, l'Australie a déjà reconnu l'existence d'Echelon. Et les pressions américaines et européennes se font de plus en plus pressantes pour que la NSA, qui compte 40 000 employés, reconnaisse "officiellement" l'existence d'un tel réseau. Un réseau existant depuis 1971 et qui aurait la capacité quotidienne d'intercepter 3 milliards de communications et de filtrer 90% des flux de trafic d'internet. Selon Duncan Campbell, même si les cibles sont essentiellement militaires et diplomatiques, rien n'empêche la NSA de les détourner à des fins commerciales, notamment en faveur des entreprises américaines de haute technologie. A ce tarif-là, il vaut peut-être mieux pour la Suisse d'être partenaire, même minoritaire

Source: Dimanche (18/11/2000)