Mon délit est celui de la curiosité

Il ne se passe pas une semaine sans que l'actualité du réseau ne soit ponctuée par l'annonce d'un nouvel exploit de «hacking». De la substitution, parfois humoristique, d'une page d'accueil d'un site Web au cyber braquage d'une banque en ligne, en passant par les seringues paralysantes des attaques du type «synflood» de Mafia Boy, le phénomène du hacking est une des réalités permanentes de l'univers réseau. 

Au delà (certains diraient derrière) les manifestations visibles de ces exploits, qui oscillent entre contestation et banditisme, il y a les hackers et hacktivistes, méconnus, stéréotypés dans l'imaginaire collectif. Il y a aussi des vedettes comme Kevin Mitnick, le mythique «Condor», il y a des sites Web de référence comme 2600 et le Hacker News Network, des netmags comme Zataz et même des congrès annuels comme le très couru DefCon qui se tient à Las Vegas. 

Si le hacking a inspiré bon nombre d'ouvrages dans le monde anglo-saxon de l'édition, il y avait jusqu'à présent peu ou pas de livres en français sur le sujet. Vient de paraître, aux éditions du Seuil dans la collection Contre-Enquête, «Pirates et Flics du Net» de David Dufresne et Florent Latrive. Les habitués du journal Libération auront reconnu les noms des deux journalistes qui y travaillent, et les habitués du Web alternatif celui de David Dufresne, Davduf pour les intimes, l'ex-Rafaleur qui marquait il y a quelques mois un retour sur le Web. 

Comme son titre l'indique, l'ouvrage porte un regard double sur le phénomène, soit sur les hackers/pirates, puis sur ceux dont c'est le travail de les poursuivre. 
Tiré de l'introduction de «Pirates et Flics du Net», quelques mots qui décrivent bien l'esprit qui anime le milieu : «Fini le temps de la bidouille maison, quand ils n'étaient qu'un cercle restreint. Cette fois, la pagaille règne. Tous, ou presque, ont fait leur le texte de l'un d'entre eux, le dénommé Mentor: "Mon délit est celui de la curiosité. Mon délit est de vous surpasser, quelque chose que vous ne me pardonnerez jamais. Je suis un hacker, et ceci est mon manifeste." [...] Individus sans haine et sans crainte, les hackers sont désormais plus nombreux, chaque jour. Seuls contre une machine, seuls contre une armada d'ingénieurs, ils se prennent pour des guérilleros technologiques, et se disent unis dans l'adversité.» 

Nous avons demandé à David Dufresne de nous livrer un aperçu du livre : «Il s'articule en fait sur deux grands axes : les pirates et l'appareil police-justice, le tout démarrant à chaque chapitre par des portraits. Pour l'aspect police- justice, c'est surtout une perspective française, sauf quelques "révélations" sur l'impuissance de la DST de faire des enquêtes sur des pirates brésiliens, américains ou scandinaves. Côté hackers, nous retraçons à grands traits l'histoire du mouvement. C'est donc plus "planéterre".» 

Au terme de cette «contre-enquête» sur le hacking, une ou plusieurs conclusions? «La confusion règne. La dépolitisation a gagné le monde du hack. Les États jouent un jeu dangereux. La mise en réseau du monde est source de bien des tracas à venir. Mais, surtout, que tout cela est très confus. Trop de double jeu. Trop de zones d'ombre. Trop d'intox.» 

Le hacking sera-t-il une des réalités permanentes du réseau, ou bien les cybermarchands réclameront-ils davantage de protection de la part des autorités? De répondre Dufresne, «Le problème c'est que les cyberflics ont besoin des hackers, ou du moins de leur science. Rares sont les hackers qui se sentent "criminels", délinquants dirions nous ici de ce côté de l'Atlantique. Là encore le jeu est trouble. Sûr, les marchands vont réclamer plus de sécurité, et donc plus de flics. Mais je crains, pour eux, qu'il est un peu tard : ils ont ouvert des banques, et des magasins de luxe, que l'ont peut braquer depuis l'autre bout de la planète.» 

À lire, donc, nouveau regard sur le phénomène du hacking, «Pirates et Flics du Net» de Dufresne et Latrive, disponible en librairie ou sur le tout nouveau AmazonFrance.